"Photographier, c'est prendre soin de l'autre"

09/06/2014

Par Sylvie Duyck

 

Trois séries de la photographe Valérie Couteron, qui explore la représentation du travail depuis près de 15 ans, sont exposées à Sète dans le cadre du festival Images Singulières, jusqu’au 15 juin.

 

Serveuses, caissières et femmes de chambre : pour parler du travail, Valérie Couteron a fait le choix de ne pas le montrer, mais d’en mesurer les effets sur les visages et les corps de femmes exerçant des métiers éreintants autant que dévalorisés.
Les diptyques de la série consacrée à ces dernières mettent en relation leurs visages aux traits tirés par la fatigue et la chambre luxueuse et désordonnée qu’elles rendront impeccable. Nous apparaissent ainsi en creux les gestes rapides et efficaces qu’elles devront accomplir, silencieuses et effacées. Un effacement social contre lequel toute l’œuvre de Valérie Couteron résiste, depuis ses premières images de reportage en noir et blanc dans les ateliers d’usine, à la recherche des souvenirs de son grand-père ouvrier chez Saint-Gobain, jusqu'à ses portraits frontaux en couleur des hôtesses de caisses. Au fil du temps, épurant ses images de toute anecdote, elle détache le sujet de son environnement professionnel pour l’isoler en tant qu’individu.

 

J'ai envie de photographier leur beauté, leur humanité, et que les gens les regardent, les regardent vraiment, sans apitoiement surtout."
 

Mettre en avant les "Corps Oubliés" (le titre de son exposition), et comprendre comment le travail fonctionne : une organisation taillée au cordeau, de 25 minutes pour les chambres en recouche à 45 minutes pour les chambres en départ, 10 chambres par femme. Bien sûr une femme, qui est "par nature, nous le savons, n’est-ce pas, propre(s), méticuleuse(s), capable(s) de s’occuper des enfants, des malades, des vieillards, de la saleté, de la poussière", comme l’écrit avec une sombre ironie la psychanalyste Marie Pezé dans son texte introductif.
Les photos de Valérie Couteron, aux cadrages serrés, sans ligne de fuite, presque étouffants, disent l’étau social et la prison du genre. "Ce qui me touche chez ces femmes, c'est avant tout leur courage. Je les vois comme des petits soldats du labeur. Et je garde en tête cette phrase de Denis Gheerbrant, un documentariste que j'aime beaucoup, qui dit que filmer, c'est prendre soin de l'autre. Pour moi, photographier, c'est prendre soin de l'autre."

Un exposition à voir jusqu'au 15 juin à Sète, dans le cadre du festival Images Singulières.

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